§ 71
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71
Après que notre étude
a fini par aboutir au point où nous pouvons voir, dans la sainteté parfaite, la
négation et l’abandon de tout vouloir, et par là même la délivrance d’un monde
dont l’existence toute entière s’est dévoilée comme souffrance, ce point nous
apparaît maintenant comme un passage vers le vide du néant.
Tout néant n’est tel
que pensé par rapport à autre chose et suppose ce rapport et donc aussi cette
autre chose.
Platon (Sophiste) :
- « Quant en effet, nous avons fait voir
l’existence de l’essence de l’autre, comme sont morcellement entre toutes les
choses qui sont mutuellement mises ainsi en relation, alors chaque partie de
cette essence qui est opposée à ce qui est, nous avons eu l’audace de déclarer
que c’est cela même qui est le non-être dans la réalité de son
existence. »
Cette volonté et ce
monde, c’est aussi nous-mêmes, et à ce monde appartient la représentation en
général comme l’un de ses côtés...
La négation,
l’abolition, la conversion de la volonté, c’est aussi l’abolition et la
disparition du monde, de son miroir.
Si nous ne la voyons
plus en ce miroir, nous nous demandons alors en vain par où elle s’est tournée,
en nous lamentant qu’elle s’est perdue dans le néant, puisqu’elle n’a pas de
lieu no de temps.
Or, aussi longtemps
que opus sommes la volonté de vivre même, nous ne pouvons connaître et désigner
ce dernier néant que négativement, parce que le vieux principe d’Empédocle,
selon lequel le semblable peut connaître le semblable, nous prive dans ce cas
précis de toute connaissance, de même qu’à l’inverse, il constitue le fondement
ultime de la possibilité de toute notre connaissance réelle, c’est-à-dire du
monde comme représentation, ou de l’objectivité de la volonté.
Car le monde est la
connaissance de soi de la volonté.
Lorsque nous avons
ainsi compris que l’essence en soi du monde était la volonté, et que tous les
phénomènes de celle-ci n’étaient que son objectivité, laquelle nous avons
suivie depuis l’élan, dénué de connaissance, des forces obscures de la nature,
jusqu’à l’agir humain le plus conscient qui soit, nous envisageons pleinement
la conséquence qu’avec la libre négation, l’abandon de la volonté, sont
également abolis ces phénomènes, cette agitation continuelle et tumultueuse
sans but et sans repos qui constitue le monde à tous les degrés de
l’objectivité, la multiplicité des formes, son phénomène tout entier, les
formes universelles, l’espace et le temps, le sujet et l’objet.
Pas
de volonté : - Pas de représentation, pas de monde.
Alors, devant nous,
seul subsiste encore le néant.
Or ce qui répugne à
cette dissolution dans le néant, notre nature, n’est précisément rien d’autre
que la volonté de vivre que nous sommes, tout comme elle est notre monde.
Le fait que nous
ayons tant en horreur le néant n’est qu’une autre expression de ce que nous
voulons tellement la vie, de ce que nous ne sommes rien d’autre que cette
volonté, de ce que nous ne connaissons rien d’autre qu’elle ;
Mais si nous tournons
notre regard de notre propre insuffisance, de notre propre horizon borné, vers
ceux qui ont vaincu le monde, vers ceux chez qui la volonté, arrivée à la
pleine connaissance d’elle-même, s’est reconnue dans le tout pour ensuite se
nier librement, vers ceux qui n’ont plus qu’à attendre que sa dernière trace
s’efface avec le corps qu’elle anime, alors nous voyons, au lieu de
l’infatigable et tumultueuse agitation, au lieu de l’incessant passage du
souhait à la crainte, de la joie à la douleur, au lieu de l’espoir jamais
comblé et inépuisable dont on n’est pas tissé la vie rêvée d’un homme animé par la
volonté, cette paix supérieure à toute raison, ce calme absolu de l’esprit,
cette profonde quiétude...
La connaissance seule
est restée, la volonté a disparu.
Quant à nous, nous
considérons d’un profond et langoureux désir cet état à côté duquel le nôtre,
par contraste, apparaît dans toute sa misère et dans tout son désespoir.
Nous le reconnaissons
franchement :
- Ce qui subsiste après la totale abolition de
la volonté est certainement néant pour tous ceux qui sont encore remplis de
volonté.
Mais tout à
l’inverse, pour ceux chez qui la volonté s’est convertie et niée, c’est notre
monde si réel avec tous ses soleils et avec toutes ses voies lactées qui est –
Néant.
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